Lettre à mes enfants . 01

Lettres à mes enfants, ce sont des mots et des idées que j’ai envie de laisser à ma fille et mon fils, comme un recueil de phrases un peu brouillon qui leur permettra de mieux me connaître, si un jour ils en faisaient la lecture. 

Il y a un moment déjà, j’écoutais le podcast d’un Grand entretien (je suis fan finie de ces entrevues!) avec Élise Desaulniers. J’ai aussi lu Les yeux tristes de mon camion, de Serge Bouchard. Les deux m’ont interpelés. Non, ils m’ont rejoint dans mes origines.

Je viens d’un milieu simple et honnête. Ma mère était mère au foyer, mon père camionneur de longue distance. Ils le sont tous deux encore. J’ai grandi où le Bas-St-Laurent et la Gaspésie se croisent, dans un bungalow, sur une petite rue cul-de-sac, avec une petite soeur de 5 ans ma cadette, à manger des rôtis, des légumes bouillis pilés et des gâteaux en boîte,  à écouter Passe-Partout et des livres-cassettes dont il faut tourner la page quand la fée clochette se fait entendre.

Ma mère est sédentaire et routinière, elle aime sa maison propre, ses enfants en sécurité et bien nourris, prendre des bains chauds, parler au téléphone, grignoter en soirée, passer du temps dans sa cour à écouter les oiseaux et à se bercer au soleil.

Mon père est sur la route depuis quatre décennies. Il conduit de gros camions et regrette son beau Peterbilt, aime la musique country et le chrome ben shiny, porte des casquettes (il en avait toute une collection!), a ses trucks stops préférés, possède un GPS mais se fie beaucoup plus aux bonnes vieilles cartes routières de papier, se fait du mauvais sang pour ceux qu’il aime lorsqu’il apprend de mauvaises nouvelles pendant un voyage.

Vous comprenez le portrait: je viens d’un milieu simple et sans prétention, avec ses petits drames comme dans toute bonne famille mais somme toute plutôt normal pour l’époque, tant du côté alimentaire que professionnel.

Élise Desnaulniers et Serge Bouchard me touchent car ces deux personnes sont devenues des références dans leur domaine sans que ce ne soit évident qu’ils le deviennent. Ils ont travaillé fort et se sont ouverts à des idées, des études, un engagement extérieur à leur milieu de vie. Ils ont changé (leur vie, leurs croyances, leurs idées reçues) et ont inspiré les autres. Comme si tout était possible au fond. Faire de longues études universitaires en prenant les camionneurs de longue distance comme sujet sérieux. Devenir militante végane. Se permettre de remettre en question, de bouger, de s’engager, d’affirmer que même si tout le monde prend cette voie, je ferme Google Maps et j’explore ailleurs.

Mon père a vu tout le Canada et les États-Unis, dans tous les sens. C’est un nomade bilingue, qui a toujours pris grand soin de sa grosse machine roulante et qui a une énorme culture générale, exprimée dans des mots simples. Il a le coeur sur la main. Il sait que les bonheurs simples sont ceux qui valent le plus cher.

Depuis toujours, ma mère écoute le cinéma de fin de soirée de Télé-Québec. Des années et des années de films de répertoire. Elle a une culture impressionnante et une curiosité aiguisée pour tous les détails de ses films d’ici et d’ailleurs, souvent lents, toujours particuliers. C’est une solitaire sociable qui, durant la cinquantaine, a un regain de vie qui la pousse à essayer plein de nouveaux trucs. Genre, elle a repris la guitare. Puis l’a abandonnée. C’est parfait.

On a tous un côté insoupçonné, particulièrement passionné, un peu à côté de la track, hors du cours normal des choses. J’essaie de me laisser aller de ce côté là moi aussi. Assumer mes nouvelles convictions. Il me reste normalement plusieurs décennies pour y arriver.

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