LES MOTS DES LIVRES . 02

J’ai lu Les yeux tristes de mon camion de Serge Bouchard, publié chez Boréal. Serge Bouchard est nostalgique, profond, complexe, lent, terrien. Comme son écriture; ses mots font du bien, secouent et imprègnent de beauté le banal et l’ordinaire.

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Il m’a tout d’abord touchée avec ses histoires de camion. Je vous en reparlerai plus tard. Ce recueil de textes est réconfortant, un peu, mais surtout dérangeant. Serge Bouchard interroge calmement et lucidement notre (ma?) propension à la vitesse, le capitalisme sauvage qui fauche la nature au passage, l’oubli et le manque de responsabilité dont nous faisons preuve. En tant qu’homme attaché à la beauté de la lenteur et à la poésie du monde, il sait qu’il fait partie d’une espèce en voie de disparition… Malgré tout, il écrit sur le passage du temps, sur le deuil, les loups, la grand route, la liberté, sur de grands personnages oubliés ou dont on se souvient tout croche.

Depuis la lecture plus ou moins récente de livres qui m’ont mené à remettre en question ma vision du monde, je pense souvent à notre ego si gros, mais surtout à notre présence anecdotique sur l’échelle de l’humanité, de l’univers. Un passage comme celui-ci exprime tout à fait ma vision de nos minis toutes petites existences: «Notre Soleil n’est rien qu’une étoile ordinaire, très ordinaire, une « naine jaune », une étoile parmi les 234 milliards d’étoiles de notre galaxie, qui n’est elle-même qu’une « spirale barrée » insignifiante parmi des milliards d’autres galaxies, dont plusieurs sont autrement spectaculaires. Dans cette affaire, il devient inutile de parler de la Terre, car la Terre est un grain, la Lune un brin de grain, et je ne dis rien de nos royaumes, fiefs et clôtures. Qu’est-ce que l’espace qui sépare un grain de sable de l’autre sur une plage nord-côtière de trente kilomètres de long?»

Ce genre de sujet peut être angoissant. Je le sais: le soir, dans le noir et le silence, je pense parfois à ma petitesse. Mon sage mari, qui semble être passé par là avant moi, me dit que c’est l’occasion parfaite de prendre la vie avec un grain de sel. Ou un grain de sable de la plage. Relativiser ses soucis sur l’échelle de l’évolution humaine, de la planète ou de l’univers, ça fait du bien, je trouve. Ça donne la permission (en ai-je besoin d’une?) d’être ce que je veux être. Reste à trouver ce que c’est.

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